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Mot clé - fichage

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lundi 17 décembre 2012

"Festival Novela: Cheval de Troie du techno-pouvoir"

C'est sous ce titre que Joël Auster fait un bilan du festival Novela, à Toulouse, dont la dernière édition s'est tenue en septembre et octobre derniers. On trouve dans cet article du dernier numéro de CQFD une liste de quelques sponsors majeurs, dont Thales et Veolia. Il y est aussi question de la carte "MUT" de l'université de Toulouse, et plus généralement de tout un ensemble "d'attrayants instruments au service du contrôle policier et marchand de nos modestes existences". "Les nouvelles technologies sont là pour nous faciliter la vie, c’est bien connu ! Et tous ceux qui évoquent le cauchemar orwellien ne sont que de sinistres grincheux. Pourtant, il semble toujours nécessaire aux thuriféraires des nanos et des puces partout de vendre leur camelote, à Grenoble comme à Toulouse, emballée dans de jolis paquets-cadeaux pour les grands enfants que nous sommes restés."
On pourra vérifier, par exemple sur le site de l'UTM ou sur celui du festival lui-même, le zèle des universitaires dans cette promotion: ils ont réussi à y enrôler jusqu'aux "mouvements d'indignation"!
Pour en savoir plus, Ce Qu'il Faut Débourser, c'est 2,40 euros... à moins de patienter un peu.

jeudi 10 mai 2012

"Guéant : un dernier fichier pour la route". Un article de Mediapart

| Par Louise Fessard

 Claude Guéant vient de créer un nouveau fichier d'antécédents judiciaires qui fusionne ceux, controversés, de la police et de la gendarmerie. Faute de nettoyage, il hérite également de leurs données erronées. La Cnil s'inquiète de l'introduction de la biométrie faciale couplée au système de vidéosurveillance.

Avant de quitter le 15 mai prochain la place Beauvau, le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, a pris soin de signer le 4 mai un décret d'application de la loi Loppsi 2, créant un nouveau fichier policier. Il s'agit de fusionner d'ici fin 2013 deux fichiers controversés : le Stic (système de traitement des infractions constatées) et son petit frère côté gendarmerie : le Judex (système judiciaire de documentation et d'exploitation). Le premier, qui ne cesse de croître, contenait, fin 2011, 6,5 millions de personnes mises en cause, ainsi que 28 millions de plaignants. Le second, 2,5 millions de fiches de personnes et 30 millions de fiches de procédure. Le futur “traitement des antécédents judiciaires” (TAJ, c'est son nom) s'annonce donc comme un fichier géant*, alimenté en continu par les procédures judiciaires pour crimes ou délits, ainsi que certaines contraventions de cinquième classe.

L’article entier est réservé aux abonnés. Mais on peut lire les autres billets de Poolp sur les fichiers en cliquant (ci-contre, à gauche) sur le "tag" fichage.
[* C'est Poolp qui souligne.]
> Lire aussi :
- LOPPSI 2 : Claude Guéant active le fichier d'analyse sérielle, sur SOS-crise, Mac Rees, 10 mai 2012.
- Sarkozy crée in extremis un nouveau fichier de police. Boris Manenti, NouvelObs, 9 mai, 2012.
- Avant de partir, Sarko a bien fait les choses : Les fichiers de Gendarmerie et de Police sont mutualisés, Olivier Robillart, sur le blog "La chèvre de garde de la vallée", 7 mai 2012.

dimanche 8 avril 2012

Depuis mars 2012, contester une contravention, c'est être fiché pour 5 ans

Un petit dernier pour la route. Sur "Le blog de Jean-Michel Arberet", 6 avril 2012.

Boire un dernier verre avant de conduire peut-être dangereux et constitue aussi un délit, mais ce n’est pas d’un dernier verre qu’il s’agit là. Le titre fait référence au dernier fichier concocté par notre brillantissime ministre de l'intérieur. Le 16 mars l'arrêté [du 20 février 2012] a été publié au Journal Officiel. Ce nouveau fichier ARES "automatisation du registre des entrées et sorties des recours en matière de contravention" va répertorier, pour une durée de 5 ans, toutes les personnes qui auront eu l'outrecuidance de contester une contravention, et l'on ne sait même pas si son nom sera radié de la liste dans le cas où le tribunal donnerait raison au plaignant.
La contestation des contraventions serait-elle devenue un risque majeur et les contestataires de dangereux terroristes contre qui il faudrait mener une guerre sans merci ? Cela justifierait donc le choix du nom  du ficher Ares, dans la mythologie grecque dieu de la guerre. Décidément il est temps que monsieur Guéant quitte ce ministère. Il ne reste qu'à espérer que son successeur saura annuler toutes les décisions liberticides prises depuis de trop nombreuses années.


Notes Poolp :
- Et après délibération de la CNIL n° 2011-066 du 3 mars 2011... qui prend acte, comme de bien entendu !
- D'après l'avis de la CNIL et l'arrêté, ce fichage serait d'abord testé sur Paris et sa petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne).
- On notera que le traitement de ces données doit servir aux "fonctionnaires des services de l'office du ministère public" alors même que ceux-ci n'ont pas qualité pour traiter de ces affaires, n'ayant pour seules possibilités que de classer sans suite ou de transmettre à la juridiction compétente, selon 3 arrêts du 8 mars 2012 de la Cour européenne des droits de l'homme [à lire dans les communiqués de presse à la date mentionnée]. Ce que rappelle d'ailleurs l'avis de la CNIL.
- Intéressant et utile des stats sur les contestataires de contravention, n'est-ce pas ?

> Lire aussi "Fichier ARES : les contestataires de PV désormais fichés", Lerepairedesmotards.com, 26 mars 2012.

jeudi 22 mars 2012

Le fichier "des gens honnêtes" est censuré, mais la carte d'identité biométrique est validée...

Suite à la saisine par des sénateurs et des députés, le Conseil constitutionnel a examiné la loi relative à la protection de l'identité autorisant la création d'un fichier biométrique national qui concernera tous les Français. Ce 22 mars 2012, par sa décision n° 2012-652 invoquant une atteinte au respect de la vie privée, le Conseil constitutionnel a déclaré contraires à la Constitution les articles 3, 5, 7 et 10, le troisième alinéa de l'article 6 et la seconde phrase de l'article 8. L'article 5, censuré, était celui qui permettait le "traitement de données à caractère personnel facilitant leur recueil et leur conservation".
En revanche, les juges constitutionnels ont validé l'article instaurant la carte d'identité biométrique à des fins de lutte contre l'usurpation d'identité, alors même que l'usurpation d'identité constituait 210 000 cas de fraude en 2009 d'après une étude du CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie)... un chiffre qui serait surestimé selon un rapport du Sénat.
Il ne reste plus qu'à espérer que l'on oublie de promulguer la loi...

samedi 10 mars 2012

Abroger le STIC. Un article de Gilles Sainati

Abroger le STIC. Gilles Sainati [*], publié sur son blog du Club Mediapart, 5 mars 2012.

 Le Système de Traitement des Infractions constatées regroupe actuellement au moins 6, 5 millions de noms de personnes mises en cause dans une procédure ( présumé auteurs ) et  28 millions de victimes. Il comporte 80 % d'erreurs selon la CNIL en 2009... Bref il  n'est pas fiable, sauf visiblement pour les officines privées qui par des complicités multiples arrivent  à se faire communiquer  des relevés STIC contre des espèces sonnantes et trébuchantes.....( cf affaire IKEA). Il faut abroger le STIC.

Rapide histoire du STIC 
Crée sous Pasqua, consolidé sous Chevenement, étendu par Sarkozy, ce fichier de personnes suspectes s'applique aussi bien aux majeurs qu'aux mineurs.Consultable par la police, la gendarmerie mais aussi par  les administrations qui le souhaitent à titre d'information, il constitue aussi le complément de toute poursuite pénale.
Ce fichier ne concerne ni des condamnés définitifs, ni des personnes poursuivies, mais sous le vocable de mise en cause dans une procédure entre tout un tas d’hypothèses : le témoin, le témoin contre qui  pèse un soupçon, la victime, le coupable au yeux de la police ou yeux gendarmerie mais qui ne sera jamais poursuivi, ou pire qui sera relaxé... bref il s'agit d'un fichier de précédents..même si le précédent n'en est pas un...Il contient donc consubstantiellement des erreurs aggravées  par une saisie toujours rapide, faite dans le feu de l'action....
Vu le nombre des erreurs relevées, il est pertinent de se demander quel est son utilité? Il échappe à toute notion de spécialité propre à un fichier...digne de ce nom.
En réalité, vu le nombre de concitoyens fichés, c'est un fichier comportemental de population...Il est donc logique que des employeurs peu scrupuleux veuillent s'en servir pour connaître le comportement passé de leurs employés.

Un fichier illégal
Depuis 2000 la CNIL se contorsionne dans tous les sens pour à la fois estimer ce fichier légal, puis dire qu'il pose problème. L'histoire de ce fichier aura entamé totalement toute crédibilité à la CNIL...mais ceci est une autre histoire  !!!
Au regard de la hiérarchie des normes et des principes fondamentaux ce fichier est illégal.
En effet, il existe un fichier qui permet de connaître l'historique comportemental d'une personne ...condamnée définitive, c'est le casier judiciaire avec ses trois volets qui postulent de la nécessité du droit à l'oubli.
Uniquement accessible aux magistrats en volet B1, puis aux administrations en volet B2, et enfin à l'intéressé en volet B3, la casier judiciaire voit disparaître des mentions du fait de l'écoulement du temps, afin de ré-insérer le condamné, ou d'éviter d'importuner celui qui dans sa jeunesse a fumé un joint à l'issue d'une soirée...
Par ailleurs, par décision motivé d'un tribunal une condamnation peut ne pas figurer sur le casier judiciaire pour éviter d'hypothéquer un avenir professionnel avec une petite affaire..
A quoi sert toutes ces précautions s’il existe un fichier comportemental de population ?...
La hiérarchie des normes, la déclaration des droits, tout cet ordre normatif  que l'on nomme Etat de droit  impliquent que le casier judiciaire soit le seul fichier comportant des condamnations dument vérifiées...
Constitué par circulaire, puis validé en marge d'une loi du 21 janvier 1995 et enfin d'un décret du 5 juillet 2001 le STIC ne dispose pas de bases juridiques suffisantes compte tenu des atteintes portées aux libertés individuelles... Aucun débat démocratique  pour ce fichier qui conserve des données erronées pendant plus de  entre 5 ans et 15 ans ... et dont la réctification et l'accès est acrobatique... et de fait matériellement impossible... puisque vous ne savez si vous y êtes inscrit...

(...) la suite de l'article sur le blog de Gilles Sainati.


[*] Gilles Sainati est magistrat, auteur de La Décadence sécuritaire (Ed. La Fabrique, 2007).

lundi 6 février 2012

Le fichage de tous les Français a été voté par les députés ! (à quoi sert donc la CNIL ?)

Fichier des "gens honnêtes" : la loi qui passe inaperçue. Hélène Pagès. LePlusNouvelObs.com, 2 février 2012.

En juillet dernier, j'ai posté un texte sur ce site dont le titre était : Tous fichés à 15 ans : la loi votée dans l'indifférence générale. Or, même si la loi a été votée début juillet, par (je m'en étrangle encore) ONZE députés, le post a été lu par près 179014 personnes (au moment où j'écris). Il y a manifestement plus de lecteurs du Plus que de députés qui s'intéressent à cette loi. Depuis juillet, elle a poursuivi son chemin qui, comme il est normal pour une loi, l'a menée de l'Assemblée Nationale au Palais du Luxembourg (le Sénat).
Et les sénateurs se sont montrés nettement plus scrupuleux que les députés sur le sujet, force est de le reconnaître. Et force est de le reconnaître aussi : ils se sont montrés plus scrupuleux toutes tendances politiques confondues. Ils ont essayé de limiter les modalités d'accès à ce fichier, et de ne pas autoriser l’exploitation policière de ce fichier.
Le Sénat n'a pas réussi à faire modifier la loi. Or, en cas de désaccord entre les deux chambres, c’est l’Assemblée qui a le dernier mot.
Et le dernier mot, c'était hier.
En d'autres termes, la métempsycose perverse de la loi, c'est comme si on y était.

Un fichage exigeant et exhaustif
Rappelez-vous, il ne s'agit de rien moins que de ficher les gens honnêtes, vous savez, les gens comme vous et moi, qui n'ont rien fait, et ne feront jamais rien de répréhensible. Mais alors, s'ils sont honnêtes, pourquoi les ficher ? Mais, pardi ! Pour les protéger des gens malhonnêtes qui usurpent leur identité. Claude Guéant évoque les gens malhonnêtes qui se glissent dans ce fichier, tels de viles limaces, alors qu'à moins de ne pas être français (mmmmmmmmm, mais je ne dirais rien), ils ont autant de raison d'y être que les autres, vu qu'il s'agit de ficher TOUS les français, honnêtes ou pas. 
Le fichage prévu consiste en une puce qui contiendra les informations suivantes : nom de famille et d'usage, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, domicile, taille et couleur des yeux, empreintes digitales (huit doigts) et photographie d'identité.

(...) Lire la suite de l'article sur Leplusnouvelobs.com et lire un article précédent d'Hélène Pagès sur le même  site : Tous fichés à 15 ans, 9 juillet 2011.

Pour en savoir + :
- consulter le texte de loi n°838 (et le dossier législatif).
-  lire un précédent billet Poolp à ce sujet.
- lire encore Fichage : « On est dans une course folle, on ne reviendra pas sur tout », un entretien de Rue89 avec Jean-Claude Vitran (Ligue des droits de l'Homme), 21 janvier 2012.

dimanche 29 janvier 2012

Contre le fichage des enfants, la lutte continue

Les élus se mobilisent contre les fichiers scolaires. Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE), mis à jour le 27 janvier 2012.

  En cette période de campagne électorale, le CNRBE se réjouit de voir les élus afficher leur volonté de protéger les droits de l’enfant, en se prononçant contre le fichage généralisé des élèves et de leurs familles.
En effet, depuis le mois de mai 2011 et la motion votée à l’Assemblée de Corse, les positions des élus se multiplient. Après les voeux du Conseil régional PACA et du Conseil de Paris en juin 2011, trois nouvelles motions demandant l’arrêt du fichage de l’enfance ont été adoptées récemment par les Régions Midi Pyrénées, Pays de la Loire et Rhône Alpes. Soulignons aussi la décision du conseil municipal de Bobigny de ne pas mettre en place Base élèves, la position du président de la région Haute Normandie et le courrier du président du Conseil général de Seine Maritime demandant au ministre de l’Éducation nationale de mettre fin à Base élèves et au Livret personnel de compétences (LPC).
Conforté par ces décisions, le CNRBE s’est adressé aux Maires de France, les incitant à suivre l’exemple de la municipalité de Bobigny en refusant d’utiliser le fichier Base élèves, pour protéger les libertés des enfants et préserver leur avenir.
Nous publions une liste non exhaustive des régions, départements et mairies qui ont été sensibles à notre appel et nous invitons à nouveau tous les élus des assemblées nationales et territoriales à intervenir à leur tour pour demander l’arrêt du fichage généralisé des enfants et dénoncer la volonté d’un contrôle social de la population.

Régions
-
Voeu demandant au ministère de l’Education Nationale de détruire tous les fichiers informatisés comportant des données nominatives sur les élèves, voté par le Conseil Régional Rhône-Alpes (décembre 2011).
- Le Conseil Régional Midi Pyrénées demande l’arrêt du fichage dans l’Education Nationale (novembre 2011).
- Voeu du Conseil Régional Pays de la Loire contre le fichage des enfants et des jeunes (novembre 2011).→ Voeu au format pdf.
- Position du président de la Région Haute-Normandie (septembre 2011).→ Courrier d’Alain Le Vern au format pdf.
- Le Conseil Régional PACA se prononce contre les fichiers scolaires (juin 2011). → Motion au format pdf.
- L’Assemblée de Corse s’oppose à l’unanimité au fichier Base élèves (mai 2011). → Motion au format pdf.

Départements
-
Courrier du président du Conseil général de Seine Maritime à Luc Chatel (octobre 2011). → Courrier de Didier Marie au format pdf.
- Le Conseil de Paris adopte un vœu sur le fichier Base élèves (juin 2011).

(...) Lire la suite sur le site du CNRBE.

vendredi 4 novembre 2011

A qui profite le fichier des « gens honnêtes » ?

Lu sur le blog "BUG BROTHER. Qui surveillera les surveillants ?", Jean-Marc Manach, 03 novembre 2011.

 
La Proposition de loi relative à la protection de l'identité, adoptée en deuxième lecture ce jeudi 3 novembre au Sénat, vise à doter les Français d'une nouvelle carte d'identité dotée de puces électroniques sécurisées qui "non seulement contiendront des données biométriques numérisées (état civil, adresse, taille et couleur des yeux, empreintes digitales, photographie) mais pourront également offrir à leurs titulaires de nouveaux services tel que l'authentification à distance et la signature électronique". Accessoirement, elle entraînera aussi la création d'un fichier de 45 millions de "gens honnêtes" (sic).
Cette proposition de loi est contraire à l'interprétation que se fait le Conseil d'État, la CNIL et la Cour européenne des droits de l'homme de la protection des libertés fondamentales. Ce qui n'empêchera pas le Parlement de l'adopter : il en va en effet de la défense des intérêts stratégiques des leaders mondiaux des fichiers d'empreintes digitales et des papiers d'identité sécurisés, qui se trouvent être des entreprises françaises, qui peinent cela dit à se développer faute d'avoir pu, en France, déployer ce genre de fichier biométrique de l'ensemble de la population des "gens honnêtes".
Le texte avait été adopté, en première lecture, par… 11 de nos 577 députés (7 députés de la majorité, et 4 de l'opposition), c'est dire si le sujet passionne nos représentants. Or, il n'est pas sans poser de gros problèmes, à en croire François Pillet, sénateur (UMP) du Cher, et rapporteur de la proposition de loi qui, en introduction de l'examen de son rapport, à la Commission des lois, a tiré la sonnette d'alarme : « En l'état, le texte me paraît d'ailleurs inconstitutionnel, et il est à coup sûr contraire à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. »

Pour être tout à fait précis, et comme je l'avais écrit, en juillet dernier, suite à l'adoption du texte à l'Assemblée : « Le Conseil d'État, la CNIL et la Cour européenne des droits de l'homme se sont d'ores et déjà prononcés contre ce type de fichage biométrique généralisé de personnes innocentes de tout crime ou délit, pour la simple et bonne raison qu'il s'agit là d'une violation manifeste de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la convention sur la protection des données du Conseil de l’Europe, et de la loi informatique et libertés. »

Dans son rapport parlementaire, François Pillet a été encore plus clair (les passages en gras sont de lui) : « Une fois créé, le fichier central est susceptible de constituer, s'il n'est pas entouré des garanties requises, une bombe à retardement pour les libertés publiques. Tout procès d'intention doit être évité. Pour autant, il semble que toute crainte de glissement des finalités du fichier ne puisse être écartée. (...) En effet, l'Assemblée nationale permet aux services en charge de la lutte contre le terrorisme, d'utiliser, pour leurs missions, le fichier central biométrique à des fins d'identification d'une personne par ses empreintes digitales hors de toute réquisition judiciaire, ce qui est contraire au droit en vigueur. De la même manière, en supprimant le dispositif adopté par le Sénat, les députés, faute de l'interdire explicitement, rendent implicitement possible l'utilisation de dispositifs de reconnaissance faciale à partir des images numérisées des visages enregistrés dans la base. Si aucun projet de ce type n'existe à l'heure actuelle, en ouvrir involontairement la perspective, à cause de garanties insuffisantes, prouve, par contraste, combien il est nécessaire en la matière de ne pas sous-évaluer les risques pour les libertés publiques et de toujours préférer une garantie de trop à une de moins. »

Entre temps, le livre blanc sur la sécurité publique d'Alain Bauer et Michel Gaudin propose explicitement de créer un "troisième grand fichier de police technique" reposant sur l’image du visage : la "base nationale de photographies", qui ficherait les photographies de près de 3 millions de "suspects", avec pour objectif de "développer le recours aux logiciels de reconnaissance automatisée par l’image pour en faciliter l’exploitation et accélérer la résolution des enquêtes judiciaires disposant d’indices tirés de la vidéoprotection"...

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lundi 20 juin 2011

Vers le fichage des tous les fonctionnaires, titulaires ou non, excepté les parlementaires et magistrats

Décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique. Légifrance, paru au JORF n°0139 du 17 juin 2011.

  Publics concernés : fonctionnaires civils, agents non titulaires, personnels à statut ouvrier des administrations de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics y compris les établissements relevant de la fonction publique hospitalière (...), à l'exclusion des fonctionnaires des assemblées parlementaires et des magistrats de l'ordre judiciaire.
Objet : mise en œuvre de la gestion des dossiers individuels des agents publics sur support électronique (application de l'article 29 de la loi n° 2009-972 du 3 août 2009 relative à la mobilité et aux parcours professionnels, modifiant l'article 18 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires).
Entrée en vigueur : immédiate. Toutefois, l'application concrète du décret est conditionnée à l'adoption de l'arrêté du ministre chargé de la fonction publique établissant une nomenclature cadre des documents pouvant composer le dossier individuel. (...) La gestion des dossiers individuels sur support électronique ne constitue pas une obligation pour les autorités administratives ou territoriales gestionnaires. La mise en œuvre de cette faculté est conditionnée à la publication d'un arrêté ou d'une décision de l'autorité administrative ou territoriale.
(...) Article 6 : Des habilitations sont délivrées par l'autorité administrative ou l'autorité territoriale aux agents chargés de la gestion des dossiers désignés à cet effet.
Pour chacun de ces agents, l'habilitation précise les documents et les types d'opérations autorisés ainsi que sa durée.
Des habilitations peuvent, le cas échéant, être délivrées, dans les limites de leur domaine d'intervention, à des tiers, notamment aux représentants du personnel, lorsque leur accès au dossier de l'agent est prévu par une disposition législative ou réglementaire.
(...) Article 10 : Au terme de sa durée d'utilité administrative, le dossier géré sur support électronique fait l'objet d'un archivage dans un service public d'archives au titre des archives définitives ou est éliminé sous le contrôle scientifique et technique de l'Etat sur les archives.
(...) Article 11 : Les agents dont le dossier a été dématérialisé sont tenus informés des modalités pratiques d'exercice des droits garantis au titre des articles 38 à 40 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée. Leur sont communiquées les coordonnées de l'autorité administrative ou territoriale auprès de laquelle ils peuvent exercer leurs droits d'accès et de rectification.
(...) Article 14 : L'agent obtient, à sa demande, une copie de tout ou partie des éléments de son dossier géré sur support électronique, dans les conditions prévues par l'article 39 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée :
― par transmission des documents correspondants à son adresse électronique professionnelle nominative ou par remise d'un support numérique ;
― ou par remise d'une copie sur support papier conforme à l'original.

Note Poolp : un nouveau fichier, qui comporterait à terme, plus de 2 millions de dossiers...

mercredi 1 juin 2011

Fichage des enfants : une première victoire ? Un article de Bernard Gensane

  Fichage des enfants : une première victoire ? Sur le blog de Bernard Gensane, 30 mai 2011.
 Le salut viendrait-il de la Corse ? En tout cas, l'Assemblée de Corse vient de voter à l'unanimité cette motion très importante concernant nos enfants. Une première défaite, dans ce domaine, pour notre "kleiner Mann".

 Collectivité Territoriale de Corse - Assemblée de Corse, 3ème Session Extraordinaire, 26-27 mai 2011.
 Motion avec demande d'examen prioritaire - déposée par Mme Viviane BIANCARELLI au nom du groupe « Elu(e)s Communistes et Citoyens du Front de Gauche »


Objet : Inscription des enfants et des jeunes au fichier numérique  « Base Elèves 1er Degré » (Utilisation des bases de données).

CONSIDERANT que les enfants et les jeunes constituent une richesse fondamentale pour toute société et que le rôle des adultes et des institutions publiques est de les protéger et d'offrir à chacun d'eux la possibilité de grandir de façon sereine ainsi qu'une éducation adaptée pour devenir des adultes et des citoyens responsables et épanouis,

CONSIDERANT que le ministère de l'Education nationale développe et impose de nombreuses applications informatiques permettant le recueil et la conservation de données sur les élèves et leurs familles, malgré l'opposition de celles-ci et les inquiétudes exprimées par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU, dans son rapport du 12 juin 2009, relatives à « la multiplication des bases de données dans lesquelles des données concernant les enfants sont collectées, stockées et utilisées pendant de longues périodes CONSIDERANT que la mise en place de ces collectes de données nominatives s'effectue sans la législation et l'information nécessaires, et souvent en contradiction avec les lois en vigueur, notamment la loi 78-17 dite « Informatique et libertés », ainsi que l'a montré le Conseil d'état dans ses deux arrêts du 19 juillet 2010 relatifs à la Base élèves 1er degré (BE1D) et à la Base nationale des identifiants élèves (BNIE), CONSIDERANT que l'immatriculation des enfants dès la maternelle dans la BNIE et l'instauration d'une traçabilité des parcours individuels au travers du Livret personnel de compétences (LPC) sont dangereuses pour les libertés publiques et contraires à la mission de l'école qui est d'accueillir tous les enfants sans conditions, pour leur donner accès aux savoirs et à la culture, accompagner la construction de leur personnalité et de leur citoyenneté,

CONSIDERANT qu'une telle architecture de base de données personnelles, aisément interconnectables grâce à un Identifiant national élève (INE) bientôt unifié de la maternelle au secondaire, dépasse le cadre de ce qui est nécessaire à l'action pédagogique des enseignants et à la gestion des moyens de l'Education nationale, et que, échappant au contrôle des citoyens, elle constitue un danger pour la préservation du droit à la vie privée et est incompatible avec le droit à l'oubli indispensable pour que les enfants et les jeunes puissent se construire et se structurer en individus épanouis et en citoyens responsables,

Lire la suite...

vendredi 18 mars 2011

La LOPPSI 2 partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel.

La LOPPSI 2 partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel. Centre d’études sur la Citoyenneté, l’Informatisation et les Libertés (CECIL), 14 mars 2011.

Par sa décision n° 2011-625 DC du 10 mars 2011, le Conseil Constitutionnel a invalidé certaines dispositions concernant 13 articles sur les 142 que compte la LOPPSI 2, votée au Parlement le 8 février (voir notre dossier). Le Conseil Constitutionnel avait été saisi mi-février par plus de soixante députés et plus de soixante sénateurs, principalement issus des groupes socialistes et communistes. Ce sont certaines dispositions des articles 18, 37 II, 41, 43, 53, 90, 92 et 101 qu’ont décidé de censurer les « Sages ». Il est à noter, comme eux-mêmes l’expliquent dans un communiqué de presse, que ceux-ci ne se sont d’ailleurs pas contentés d’examiner les seuls articles contenant des dispositions contestées par les requérants : ils se sont eux-mêmes saisis de l’examen de certains articles afin de statuer sur leur constitutionnalité, et ont censuré certaines dispositions des articles 10, 14, 32, 91 et 123-II. Ils ont en revanche « rejeté les griefs des requérants dirigés contre les articles 1er, 4, 11, 37-I, 38, 58, 60 et 61 ». (...)
Si, comme le souligne Patrick Roger, du journal Le Monde, “c’est la première fois dans l’histoire de la Ve République qu’autant d’articles d’une loi sont censurés”, ce qui marque symboliquement une victoire au crédit de tous ceux qui s’étaient émus de la dimension liberticide de la LOPPSI 2, on peut néanmoins remarquer, à l’instar de Jean-Marc Manach, que "la censure effectuée par les Sages ne change pas fondamentalement la portée de cette 42e loi sécuritaire depuis 2002. Car en n’étant que partielle, cette censure valide finalement le principe même des articles adoptés...

Ainsi, le Conseil Constitutionnel a validé notamment :

  • l’extension de la vidéosurveillance sur la voie publique, pourvu qu’elle relève du domaine public,
  • le filtrage des sites internet par les FAI (fournisseurs d’accès à Internet) après fourniture d’une « liste noire » par une Autorité Administrative au nom de la lutte contre la pédopornographie,
  • l’interconnexion des fichiers de police et l’extension du fichage à de nouvelles catégories d’infractions
  • etc.

Quant à l’article 23, qui autorise la « captation des données informatiques » sans que les intéressés en soit avisés, il n’a fait l’objet d’aucun réexamen, et n’a même pas été inclus dans le recours des députés et sénateurs de l’opposition auprès du Conseil Constitutionnel... Concrètement, cet article 23 va permettre aux enquêteurs de capter en temps réel les données informatiques telles qu’elles s’affichent à l’écran d’un ordinateur ou telles qu’elles sont contenues dans le disque dur. Cette surveillance pourra s’effectuer à distance, à l’aide d’un logiciel « mouchard ».

... Lire l'intégralité de l'article sur le site du CECIL.

samedi 9 octobre 2010

Base Elèves : appel à solidarité financière pour les parents qui ont déposé plainte

Appel à la solidarité financièreCollectif national de résistance à Base élèves (CNRBE), 15 janvier 2010.

Plus de 1700 plaintes de parents contre l’inscription forcée de leurs enfants dans le fichier Base élèves ont été déposées depuis mars 2009. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Cette enquête pourra entraîner la saisine d’un juge d’instruction ou un renvoi devant une juridiction correctionnelle.
Les avocats du Syndicat des avocats de France (SAF) interviennent bénévolement au moment du dépôt des plaintes. Les seuls frais qui seront demandés par les avocats aux parents seront des frais de déplacement, et les éventuels honoraires liés à la suite de la procédure. Cette action en justice est proposée par le Collectif National de Résistance à Base Elèves (CNRBE). Elle est une réponse possible pour tous ceux qui se trouvent dépourvus de droit d’opposition par la seule autorité d’un arrêté ministériel. Ce pourrait être aussi le moyen d’enrayer ce processus inquiétant de fichage de l’enfance scolarisée. Aujourd’hui, une caisse de solidarité est créée pour aider les parents à honorer les frais liés au dépôt des plaintes. Elle pourra être aussi utilisée pour des actions nationales entreprises au nom du CNRBE.
SOUTENEZ LES PARENTS QUI ONT DÉPOSÉ PLAINTE ! MERCI POUR VOS DONS !
Nous lançons cet appel à la solidarité à toutes les personnes qui désirent participer à cette résistance légitime… pour nos enfants, pour nos familles, pour la société toute entière.

Le compte postal est hébergé par la FCPE du Val de Marne. Il sera géré par trois trésoriers qui ont toute la confiance du Collectif national. Les dons sont à adresser à l’ordre de : CDPE94CNRBE et à envoyer à Isabelle Calméjane CNRBE Anos 09800 St Lary.

mardi 28 septembre 2010

Fichage de l'enfance au quotidien : « Mais où est né Paul ?! »

La semaine dernière, une journaliste du site slate.fr se demandait « quel est l’intérêt, pour l’Education Nationale, de connaître le nom et l’adresse de la personne qui va chercher Paul, 6 ans, à l’école primaire de son village, le mercredi après-midi. » (1)
Le Collectif National de Résistance à Base Elèves (CNRBE) n’a toujours pas la réponse à la question, ou plutôt, il craint de la connaître, d'autant plus qu'il a confirmation depuis le 24 septembre que l’Education Nationale veut absolument savoir où Paul est né ! (2)

L’histoire se passe vendredi matin 24 septembre 2010, dans une école à classe unique du Vaucluse. Alors qu’enfants et enseignante sont en classe, l'Inspectrice de circonscription, mandatée par l’Inspecteur d’Académie, arrive à l’école et demande à récupérer les fiches de renseignements des enfants pour entrer elle-même les données dans la Base Elèves, car l’enseignante ne les a pas saisies. En effet, 8 des 9 familles de l’école lui ont adressé une lettre pour faire valoir leur droit d’opposition au fichage de leur enfant dans le fichier Base Elèves 1er degré, droit qui a été rétabli par le jugement du Conseil d’Etat du 19 juillet 2010. Obligée d'interrompre la classe, l'enseignante envoie les enfants en récréation, puis remet les lettres d’opposition des parents à l’inspectrice. Celle-ci passe outre et finit par obtenir les fiches d’urgence, sur lesquelles ne figurent pas toutes les données dont elle a besoin, et en particulier le lieu de naissance des enfants. Qu’à cela ne tienne, l’inspectrice sort alors dans la cour de l’école, et  court après chaque enfant l'un après l'autre pour lui demander où il est né !
Outre le fait que la collecte de cette information particulièrement sensible doit obligatoirement faire l'objet d'une demande écrite aux parents, on se demande jusqu'où cette inspectrice serait prête à obéir aux demandes de sa hiérarchie ou de sa propre initiative : demander à chaque enfant quelle langue il parle chez lui, quelle est sa religion, s'il a des problèmes de santé, si ses parents sont séparés, quel est leur travail, s'ils sont au chômage, s'ils ont des problèmes d'argent, des problèmes avec la justice,  s'ils font de la politique, ou pourquoi pas, accompagner les enfants jusque chez eux pour connaître leur adresse exacte ?
L’histoire, déjà tristement extraordinaire, prend tout son sel deux mois presque jour pour jour après le jugement du Conseil d’Etat qui a annulé l’arrêté portant création de la Base Nationale des Identifiants Elèves (BNIE) dans laquelle est effectivement entré le lieu de naissance des enfants, et l’arrêté du 20 octobre 2008 portant création de la Base Elèves, «  en tant qu'il interdit expressément la possibilité pour les personnes concernées de s'opposer, pour des motifs légitimes, à l'enregistrement de données personnelles les concernant au sein de "Base Elèves 1er degré". » (3)
Le CNRBE constate que, loin de se mettre en conformité avec le jugement du Conseil d’Etat, le Ministère de l’Education Nationale persiste dans son entreprise illégale de fichage de l’enfance, utilisant tous les moyens, y compris les plus déloyaux. Il demande que cesse le harcèlement quasi quotidien envers les directeurs d’école qui se conforment au jugement du Conseil d’Etat et aux recommandations du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU (4) en n’utilisant pas la Base Elèves. Il appelle plus que jamais tous les parents d’élèves à se saisir de leur droit d’opposition, rétabli par le Conseil d’Etat.

Toute parcelle de liberté reconquise s’use si on ne s’en empare pas.

Le Collectif National de Résistance à Base Elèves (C.N.R.B.E.), 27 septembre 2010

C.N.R.B.E. :http://retraitbaseeleves.wordpress.com/

Notes :

(1) Base élève, les fiches illégales de l'Education Comment un ministère (l'Education nationale) met en place un fichier illégal (Slate.fr, 16 septembre 2010).
(2) La chasse aux migrants: un enjeu de Base élèves (CNRBE, 26 mai 2009, mis à jour le 15 juin 2009 suite aux Observations du Comité des droits de l'enfant de l'ONU) à compléter par Les «enfants du voyage» vont-ils alimenter de nouveaux fichiers scolaires illégaux? (CNRBE, 23 juillet 2010)
(3) La Base Elèves et la Base Nationale des Identifiants Elèves n’ont plus d’existence légale ! (CNRBE, 20 juillet 2010)
(4) L’ONU corrige la France sur le fichage des enfants (CNRBE, 14 juin 2009, mis à jour le 22 juin et le 22 juillet 2009) 

mardi 7 septembre 2010

Parents, refusez de laisser ficher vos enfants

Rentrée 2010 : suivons l’exemple britannique. Communiqué du Collectif National de Résistance à Base Elèves (CNRBE), 28 août 2010.

 Le CNRBE rappelle le jugement du Conseil d’Etat du 19 juillet (lire un précédent billet de Poolp et lire aussi l'analyse de Dalloz ici). A ce titre, comme ce dernier a rétabli le droit de s’opposer à Base élèves ainsi qu'à la Base Nationale des Identifiants Elèves [*], voici un modèle de lettre d’opposition pour les parents d’élèves (texte à adapter) à remettre au directeur ou à la directrice de l'établissement scolaire.


* Lire l'article de Claude Poulain (ancien responsable de la sécurité des systèmes d’information à l’INSEE) : BNIE / RNIE -répertoire national des élèves- pour quoi faire ? sur le site de la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, 6 septembre 2010.

lundi 19 juillet 2010

Fichage des élèves : attention au "Livret personnel de compétences" ou au "passeport d'orientation" !

L’Etat accélère le fichage des « compétences ». Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE), 12 juillet 2010.

Après les multiples entorses au droit relevées par le rapporteur public du Conseil d’Etat sur les fichiers BE1D et BNIE [voir le précédent billet Poolp], le ministère de l’Education nationale reprend ses bonnes vieilles habitudes. Non content d’avoir imposé, en douce et sans aucun débat public, le fichage dès l’âge de 3 ans et celui de tous les enfants scolarisés jusqu’à 35 ans après leur immatriculation forcée, la même méthode autoritaire est employée aujourd’hui pour déployer, doucement mais sûrement, le LPC -pour « Livret personnel de compétences ».

 La LDH [Ligue des Droits de l'Homme] de Toulon a révélé l’existence de deux nouveaux textes: un arrêté et une circulaire qui définissent les finalités de ce « LPC », attribué à tous les individus scolarisés, de la maternelle au lycée. Un « livret personnel des compétences » existait déjà depuis 2008, passé complètement inaperçu. Un "livret de compétences expérimental" existe également. Sa phase d’expérimentation, prévue de 2010 à fin 2012, semble le destiner uniquement aux collèges et aux lycées. Rappelons que Base élèves aussi a été lancé en phase « expérimentale », en 2005. Mais aucun bilan public n’a été publié, aucune concertation n’a été mise en place pour imposer ensuite le dispositif à toute la France. Ainsi, jouant sur le flou entre le « livret » et « livret personnel », avant même que l’expérimentation arrive à son terme, l’État utilise déjà un livret des compétences au collège et dans le premier degré (le LPC), et élargira bientôt son usage sous forme numérique !
- Arrêté du 14 juin 2010 (JO du 1er juillet) relatif au livret personnel de compétences, qui décrit les différentes « compétences » acquises, selon une méthode discriminatoire: en mode binaire (0 ou 1, oui ou non, blanc ou noir…). Elles seront validées au niveau de chacun des trois paliers suivants du parcours scolaire : palier 1, fin de CE1; palier 2, fin de CM2; palier 3 : fin de la scolarité obligatoire.
- Circulaire du 18 juin 2010 (publiée le 8 juillet) sur la Mise en œuvre du livret personnel de compétences. Un texte qui « informe » (sic) de « l’utilisation prochaine d’une nouvelle application numérique développée sous environnement Sconet, appelée Livret personnel de compétences (LPC) ».

Dans les innombrables items référencés dans l’arrêté, notons le groupe « Compétence n°6 -Compétences sociales et civiques »- devant être acquise au "1er palier", en fin de CE1. Le premier item, sur 4, s’écrit comme suit : « Connaître les principes et fondements de la vie civique et sociale: Reconnaître les emblèmes et symboles de la république française ». Le dernier énonce : « Appliquer les codes de la politesse dans ses relations avec ses camarades avec les adultes de l’école et hors de l’école, avec le maître au sein de la classe ».

En ce qui concerne la mise en oeuvre du LPC, la circulaire du 18 juin précise :« Le module collège de l’application LPC sera disponible dans tous les établissements à la rentrée scolaire 2010. Un module propre au premier degré sera disponible à la rentrée 2011 afin de garantir la continuité de la prise en compte des résultats des élèves au long de la scolarité obligatoire ».

Insistons aussi sur le flou artistique et réglementaire concernant les termes utilisés. Outre le fait que le livret personnel de compétences et le nouveau LPC se distinguent mal du "livret de compétences expérimental", évoqué dans une précédente circulaire de décembre 2009 et prévu par la loi de novembre 2009 (relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie), ce dernier livret se confond lui-même avec le "passeport orientation et formation" prévu par cette même loi. Verbatim de la circulaire du 18 juin 2010 : « Ce livret expérimental inclut le livret personnel de compétences parce qu’il recense les compétences acquises en formation initiale (enseignements, activités éducatives) mais son périmètre est sensiblement plus large car il mentionne aussi les compétences acquises en dehors du champ scolaire (réalisations et engagements des jeunes hors des établissements, expériences de découverte des voies de formation et du monde professionnel).»

Bref, comme le remarque la section toulonnaise de la LDH, l’apparition de cette nouvelle application numérique provoque les questionnements habituels:
- qu’en est-il du respect des droits des personnes (droit à l’information, droit d’opposition, droit d’accès et droit de rectification) ? (articles 38, 39 et 40 de la loi informatique et libertés);
- où les nouvelles données (les évaluations des acquis) seront-elles stockées ? qui y aura accès ?
- quelles spécifications ont été communiquées à la Cnil ?

La généralisation du « passeport », l’autre livret expérimental, posera le problème de l’interconnexion entre les domaines de l’Education et celui de Pôle emploi…
Enfin, il est intéressant de noter que les compétences et les acquis étaient des données liberticides retirées hier de Base élèves, pour être aujourd’hui rassemblées dans ce « Livret personnel de compétences ».

Analyses complémentaires
–> Lire les nombreux documents publiés le 9 juillet par la LDH de Toulon dans ses articlesLPC : nouvelle application numérique et vieilles questions et Du livret personnel de compétences à l’application numérique LPC.
–>
«Le livret scolaire et le livret personnel de compétences (LPC), premiers maillons du « fichage des compétences à vie » (pdf) : un document du CNRBE, extrait de notre dossier "Autres fichiers de l’EN".

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