Dans la présente note, l’Institut de recherche et d’informations
socio-économiques (IRIS) démontre que les mécanismes d’aide financière
et les systèmes de prêts destinés aux étudiant-e-s [au Canada, en Angleterre et aux USA] ne sont pas
uniquement des mesures d’accessibilité aux études. En effet, ceux-ci
sont également les instruments d’une privatisation du financement et des
finalités des institutions publiques d’enseignements. Cette
transformation s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de relance de
l’économie qui vient faire reposer la croissance sur l’endettement
personnel et sur l’arrimage de l’offre de formation à la demande en
« capital humain » (main-d’œuvre hautement qualifiée) exprimée par les
entreprises. Cette opération, qui intervient au moment d’une crise
structurelle des économies avancées, risque fort d’entraîner une
nouvelle « bulle spéculative » dont les étudiant-e-s et l’ensemble des
ménages feront les frais.
> Lire la note d'information (12 pages) en annexe à ce billet.
Lu sur Courrier international : Ces prêts étudiants qui étranglent les seniors,
11 avril 2012.
Un nombre croissant de seniors sont endettés par des prêts étudiants contractés des années plus tôt. Une situation préoccupante due à une situation économique peu florissante, mais aussi au coût des études.
Aux Etats-Unis, il n’est pas rare que les chèques de retraite soient
saisis à la source, ou que des octogénaires soient harcelés par les
créanciers pour des prêts étudiants souscrits voilà plusieurs dizaines
d’années. Selon la Réserve fédérale de New York, les Américains de plus
de 60 ans sont encore endettés à hauteur de 36 milliards de dollars
[27,4 milliards d'euros] au titre de prêts étudiants. Et plus de 10 % de
ces créances sont en souffrance. Le fait que des seniors
ploient encore sous le fardeau de leur prêt étudiant met en lumière ce
qu’un nombre croissant de juristes, d’économistes et d’experts
financiers considèrent comme une grave défaillance de l’enseignement
supérieur aux Etats-Unis : les avantages tant vantés du diplôme
universitaire sont de plus en plus contrebalancés par l’augmentation des
frais de scolarité et la durée des prêts. Des Américains continuent
d’être étouffés par leurs premiers prêts étudiants, d’autres sont
handicapés par des crédits souscrits pour reprendre des études en cours
de carrière.
D’autres encore, très nombreux, ont accepté d’être coemprunteurs pour
les prêts de leurs enfants et de leurs petits-enfants afin de les aider à
faire face à la flambée des frais de scolarité.
La récession est venue aggraver le problème, en rendant les emplois bien
payés difficiles à décrocher pour les Américains d’un certain âge –
comme pour les jeunes dont ils financent les études. Contrairement à
d’autres dettes, les prêts étudiants ne sont pas soldés par la faillite
personnelle.
Pour bien des seniors, loin de donner accès à une
brillante carrière, le diplôme universitaire aura débouché sur une
existence marquée par le poids de la dette.
Sandy Barnett, 58 ans, pense faire le bon choix en décidant, à la fin
des années 1980, de suivre un master en psychologie clinique. Pour
ces études de troisième cycle, elle emprunte 21 000 dollars [16 000
euros].
Pourtant, après avoir décroché son master, elle peine à trouver un
emploi rémunéré au-dessus de 25 000 dollars [19 000 euros] par an ;
rapidement, elle ne parvient plus à payer ses traites. Elle subit aussi
un licenciement et une période de chômage, puis elle perd son mari.
Pendant ce temps, sa dette s’envole, atteignant aujourd'hui 54 000
dollars [41 200 euros].
En 2005, Sandy Barnett se déclare en faillite personnelle, ce qui ne lui
permet pas pour autant d’en finir avec son prêt étudiant. Il y a un an,
raconte-t-elle, une agence de recouvrement s’est mise à prélever
directement le salaire qu’elle touche comme employée à plein-temps d’un
service clientèle. A présent, son budget est si serré qu’elle doit
choisir entre mettre de l’essence dans sa voiture ou manger.
Plus de 10 000 universitaires du monde entier ont déjà signé la pétition, "Le coût du savoir".
Elle appelle au boycott de Elsevier, le géant hollandais de l'édition
qui publie 2 000 revues scientifiques différentes par an. En cause : le
prix des abonnements à ces revues que payent les bibliothèques des
universités. Elles dépenseraient souvent plus de la moitié de leur
budget dans ces achats à trois grands éditeurs commerciaux : Elsevier,
Springer et Wiley. Cette initiative est née d'un article sur le blog d'un mathématicien
de l'Université de Cambridge, Timothy Gowers, médaille Fields en 1998.
Ce mathématicien a annoncé le 21 janvier qu'il ne ferait plus publier
ses recherches dans les revues de l'éditeur Elsevier. La communauté
mathématique l'a soutenu moins d'un mois après. Trente-quatre mathématiciens ont dénoncé"un
système dans lequel les éditeurs commerciaux font des profits sur la
base du travail de mathématiciens et de frais d'abonnement des
bibliothèques". Un des litiges vient de la "loi sur les travaux de recherche", un projet présenté au Congrès américain en décembre 2011 qui interdit aux agences fédérales d'exiger le libre accès à des résultats scientifiques, même si ces recherches sont financées par l'Etat fédéral américain. "La loi sur les travaux de recherche a été la goutte qui a fait déborder le vase pour beaucoup de gens",a déclaré la mathématicienne Ingrid Daubechies, de l'Université Duke.
Harvard plaide pour le libre accès à ses recherches L'université de Harvard, à Boston, vient de rejoindre le combat. Elle a beau être la seconde institution à but non
lucratif la plus riche dans le monde, sa collection de revues
académiques spécialisées plombe aussi ses comptes. Le prix des
abonnements par les éditeurs universitaires lui coûte chaque année en
moyenne 3,75 millions de dollars. Une note publiée sur son site et envoyée à ses 2 100 professeurs et chercheurs, les encourage à mettre à disposition, librement, en ligne leurs recherches. (...) De plus en plus d'universités à travers le monde commencent à exiger de leurs chercheurs de rendre
disponible leurs publications en libre accès, et non plus par le biais
de ces revues -qui permettent pourtant aux spécialistes de faire valider leurs travaux, de les diffuser et participer à leur réputation et à celle de leur laboratoire universitaire. Un sondage international, réalisé à la demande du Comité pour la mutualisation des systèmes d'information de l'enseignement supérieur britannique, révèle que 81 % des chercheurs seraient prêts à déposer leurs articles dans des archives en libre accès.
Note Poolp [ajout du 29 avril] Le concept d'archives ouvertes (Open Archives ou Open Access) n'est pas récent et la déclaration de l'initiative de Budapest avait clairement posé en février 2002, les termes du débat. Pas seulement au sujet des profits engrangés par certains grands éditeurs scientifiques (grâce parfois à des contrats déraisonnables et à la gratuité du travail des chercheurs eux-mêmes) pas seulement face au "détournement" des résultats de la recherche financée sur deniers publics, mais aussi et surtout, autour de l'idée du bien commun qu'est le savoir et l'importance de son partage. En France, rappelons que les missions des enseignants-chercheurs universitaires comprennent l'obligation de contribuer à "la diffusion des connaissances et la liaison avec l'environnement économique, social et culturel" (cf art L.952-3 du Code de l'éducation) alors que les établissements du supérieur en France ont la possibilité -et non l'obligation- "d'assurer l'édition et la commercialisation d'ouvrages
et de périodiques scientifiques ou techniques ou de vulgarisation, ainsi
que la création, la rénovation, l'extension de musées, de centres
d'information et de documentation et de banques de données." (art L.123-6 du Code de l'éducation). A l'origine, c'est par manque de moyens financiers et de savoirs faire des universités que les scientifiques ont confié la publication de leur production intellectuelle à des éditeurs privés. Sur le site Acrimed, Jean Pérès constate que "par un singulier et typique retournement, ces mesures de réduction des
coûts et de facilité de gestion (...) ont été perverties en sources de profits
considérables dans une économie éditoriale industrialisée". Cela dure depuis des années et risque de durer encore car les projets d'archives ouvertes libres d'accès sont, pour le moment, en discordance évidentes avec les critères bibliométriques dont dépendent évaluation et avancement en carrière des chercheurs. De plus, l'AERES a basé en partie ses évaluations sur ce système, de même l'actuelle politique de fusion des universités afin d'atteindre le "poids" supposé nécessaire pour intégrer le contreversé classement de Shanghai ou le Ranking Web of World's Repositories. Une situation aggravée par la pénétration accrue des milieux universitaires par les entreprises privées et la marchandisation mondiale de la connaissance au travers de la stratégie de Lisbonne (mise en application en France avec la loi LRU) au nom de la compétitivité et dans une stricte vision de rentabilité. Aujourd'hui, la valorisation de la recherche universitaire va de pair avec dépôt de brevets, contrats de licence et revenus de ces contrats. Cette politique risque de mener à une concurrence entre les universités et ne pas faciliter l'accès libre. Pour le moment de nombreuses archives ouvertes institutionnelles fonctionnent souvent en parallèle aux éditions scientifiques, mais ce sont ces dernières qui demeurent en maîtrise des indicateurs statistiques internationaux (facteurs d'impact, taux de citation, etc.)... Mais il ne suffit pas. Poolp pense qu'il faut mettre en lien cette question d'archives ouvertes avec tout ce qui touche à la privatisation des idées et à l'appropriation de tous les aspects de la connaissance : les raisons du mouvement pour le logiciel libre, la gestion à distance des données et les enjeux du "Cloud Computing", les débats autour de la protection du droit d'auteur (voir actuellement la bataille autour du traité ACTA), l'extension de la brevetabilité au vivant, etc.
- La
publication scientifique : analyses et perspectives,
Joachim SCHÖPFEL. Hermès Science Publications, 2008, 366
p. Voir notamment "La relation consortiums-éditeurs" et
"La négociation des licences pour la fourniture des documents".
Après les Etats et les entreprises étrangères, les
grandes facultés d’outre-Atlantique investissent massivement sur le
continent noir. Et les paysans locaux n’en bénéficient guère.
De grandes universités américaines comme Harvard (Boston, Massachusetts) et Vanderbilt
(Nashville, Tennessee) font l’acquisition de vastes superficies de
terres agricoles en Afrique. C’est ce qui ressort d’une nouvelle enquête
réalisée par l’Oakland Institute,
un institut de recherche militant situé en Californie. Selon ses
auteurs, ces contrats d’achat ou baux de location, négociés par
l’intermédiaire de fonds spéculatifs britanniques ou européens, risquent
de chasser de leurs terres des milliers de personnes. Les investisseurs
étrangers profitent d’accaparements de terres qui souvent n’apportent
pas les bénéfices promis en matière d’emplois et de développement
économique, et en plus portent en germe des problèmes sociaux et
environnementaux dans ces pays les plus pauvres de la planète.
D’après ce rapport qui couvre sept pays africains, Harvard, Vanderbilt
et de nombreuses autres universités américaines ont beaucoup investi
dans les terres du continent ces dernières années. L’essentiel des
capitaux transite par Emergent, une société de gestion d’actifs
londonienne qui gère l’un des principaux fonds d’acquisition de terres
africaines. Elle est dirigée par d’anciens cambistes des banques
américaines JP Morgan et Goldman Sachs.
Les clients d’Emergent aux Etats-Unis auraient investi jusqu’à
500 millions de dollars [350 millions d’euros] dans les terres les plus
fertiles du continent noir, dans l’espoir d’obtenir un rendement de
25 %. Emergent assure avoir traité les contrats de manière responsable. “Les
fonds de dotation universitaires et les fonds de pension sont
évidemment des investisseurs privilégiant le long terme, affirme un
porte-parole de la firme. Nous investissons dans l’agriculture en
Afrique, nous y créons des entreprises et des emplois. Nous le faisons
avec un grand sens des responsabilités… Les sommes engagées sont
élevées, pouvant atteindre des centaines de millions de dollars. Il n’y a
aucune spoliation. Nous voulons augmenter la valeur des terres. La
taille est un facteur important, car les économies d’échelle permettent
d’accroître la productivité.”
Superficies énormes Des entreprises chinoises et moyen-orientales ont déjà été pointées du
doigt pour avoir accaparé de vastes terrains dans des pays en
développement en vue d’y effectuer à bon compte des cultures
alimentaires destinées aux populations de leurs pays d’origine.
Pourtant, les fonds occidentaux sont les instigateurs de nombreux gros
contrats, souligne l’Oakland Institute. La firme qui gère le fonds
d’investissement de Harvard a décliné tout commentaire. “La société de gestion de Harvard
a pour politique de ne pas discuter des investissements ou de la
stratégie d’investissement, et je ne peux donc ni confirmer ni infirmer
les allégations contenues dans le rapport”, répond un porte-parole. Vanderbilt préfère également garder le silence. A en croire l’Oakland Institute, les investisseurs ont vanté exagérément aux communautés intéressées les avantages des accords. “Les
entreprises ont été en mesure de créer des niveaux complexes de
sociétés et de filiales afin d’éviter d’attirer l’attention des
autorités de tutelle, par ailleurs mal armées. A bien analyser les
contrats, on s’aperçoit que nombre d’entre eux créeront peu d’emplois et
évinceront des milliers et des milliers d’occupants de ces terres”,
dénonce Anuradha Mittal, directrice de l’Oakland Institute. En
Tanzanie, aux termes du protocole d’accord signé entre le gouvernement
local et Agrisol Energy, le groupe d’exploitation agricole américain
représentant l’université de l’Iowa,
les deux principaux emplacements retenus pour le projet sont Katumba et
Mishamo. Or c’est précisément là que sont installés des camps abritant
jusqu’à 162 000 personnes déplacées. Leur fermeture est prévue avant le
démarrage du projet de 700 millions de dollars. Les réfugiés travaillent
cette terre depuis quarante ans.
Paysans délaissés En Ethiopie, la politique dite de “villagisation” menée par le
gouvernement pour fixer les populations et éviter une urbanisation
incontrôlée a entraîné l’expulsion de dizaines de milliers de personnes
de leurs terres ancestrales et leur relogement dans de nouveaux centres.
Parallèlement, d’énormes contrats sont conclus avec des sociétés
étrangères. Le plus important est celui signé au Sud-Soudan, où jusqu’à 9 % des terres auraient été cédées ces dernières années. C’est une société texane, Nile Trading and Development, qui a négocié
la transaction avec une coopérative locale. Le bail de quarante-neuf
ans, portant sur la location de 400 000 hectares dans
l’Equatoria-Central pour environ 25 000 dollars, autorise l’entreprise à
exploiter toutes les ressources naturelles, y compris le pétrole et le
bois. La société, avec à sa tête l’ancien ambassadeur des Etats-Unis
Howard Eugene Douglas, entend demander à bénéficier des crédits carbone
soutenus par les Nations unies, qui lui rapporteraient des millions de
livres de revenus par an.
Au Mozambique, où les investisseurs pourraient mettre la main sur
7 millions d’hectares, des fonds spéculatifs occidentaux travailleraient
avec des entreprises sud-africaines pour acheter de grandes superficies
de forêts et de terres agricoles pour le compte d’investisseurs en
Europe et aux Etats-Unis. Les contrats stipulent que l’Etat mozambicain
acceptera jusqu’à vingt-cinq années d’exonération d’impôts, sans qu’il y
ait beaucoup d’emplois créés en contrepartie. “Personne ne peut
croire que ces investisseurs soient motivés par le désir de nourrir les
Africains, de créer des emplois ou d’améliorer la sécurité alimentaire”,
martèle Obang Metho, du Mouvement de solidarité pour une nouvelle Ethiopie. “Ces
accords, qui pour beaucoup resteront en vigueur pendant
quatre-vingt-dix-neuf ans, n’apporteront pas le progrès aux populations
locales et ne leur donneront pas de quoi manger. Ils permettent
seulement aux dirigeants corrompus et aux investisseurs étrangers de
s’en mettre plein les poches.”
Opacité “Ce sont des contrats énormes, ce qui les rend d’autant plus
scandaleux. Le sacrifice de petites fermes et de forêts africaines sur
l’autel d’une stratégie d’investissement hautement rentable, fondée sur
des ressources naturelles, risque de pousser les prix alimentaires à la
hausse et d’aggraver les changements climatiques”,s’insurge Anuradha Mittal.
“D’après des études effectuées par la Banque mondiale et d’autres
institutions, les entreprises étrangères ont acheté ou loué ces trois
dernières années près de 60 millions d’hectares de terres africaines,
soit la superficie d’un pays grand comme la France”, soulignent quant à eux les auteurs du rapport. “La
plupart de ces accords se caractérisent par leur opacité, et ce en
dépit des profondes répercussions du renforcement du contrôle sur les
marchés alimentaires mondiaux et les ressources agricoles par les
sociétés financières”, poursuivent-ils. “Nous avons relevé des cas de spéculateurs s’emparant de
terres agricoles alors que de petits paysans, considérés comme les
occupants illégitimes, sont expropriés par la force, sans aucune
indemnisation”,s’indigne Frédéric Mousseau, directeur politique de l’Oakland Institute.“Cela
déstabilise la filière alimentaire dans le monde et cette instabilité
représente une menace bien plus grande que le terrorisme pour la
sécurité du monde. Plus d’un milliard d’habitants de la planète ont
faim. La majorité des pauvres dépendent toujours des petites
exploitations agricoles pour leur survie, et les spéculateurs les
dépouillent de leur moyen d’existence en leur faisant miroiter des
progrès qui ne se réaliseront jamais.”
USA : Les coupes budgétaires au Texas dans l’enseignement supérieur font réagir les étudiants. Bulletins électroniques.com du 8 avril 2011, article repris par le collectif Papera, 14 avril 2011.
Alors que le Congrès américain se débat encore dans le budget fédéral 2011 et prépare un budget 2012 restreint, les budgets des états n’échappent pas non plus à la cure d’amaigrissement. La constitution du Texas impose que le budget soit équilibré. Les estimations de recettes pour 2012 et 2013 -le budget est voté pour l’ensemble de la session parlementaire qui dure deux ans- font état d’une baisse de revenus qui pourrait atteindre 27 milliards de dollars. Sur la "Capitol Hill" d’Austin, les couteaux sont de sortie et ils n’ont pas manqué de s’attaquer à l’enseignement supérieur. Une situation dénoncée par les étudiants des universités publiques.
Des réductions historiques Les parlementaires texans ont commencé la semaine dernière par combler le déficit pour l’année 2011 d’environ 5 milliards de dollars. Pour cela, ils ont opéré des coupes limitées et utilisé 3,1 des 9,3 milliards de dollars de "la réserve des jours pluvieux", un fonds mis en place il y a quelques années pour faire face aux imprévus [1]. Cependant, le gouverneur républicain Rick Perry n’a donné son accord pour l’utilisation de ce fonds d’urgence pour 2011 qu’en contrepartie de sa non-utilisation pour combler une partie du déficit envisagé pour la période 2012-2013. Les parlementaires de la Chambre, majoritairement républicains (101 sur 150), ont voté dimanche 3 avril, un budget en baisse de 23 milliards de dollars, soit 12%, par rapport au budget précédent. Un tiers de ces républicains sont des nouveaux entrants sur la scène politique texane, élus en novembre dernier avec comme promesse de campagne l’objectif ferme de maintenir le budget équilibré sans augmenter les impôts. C’est surtout l’éducation qui a été victime de coupes historiques, ainsi que les différentes branches de la sécurité sociale. Le budget de l’éducation primaire et secondaire est en baisse de 7,8 milliards de dollars, du jamais vu depuis 1949. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, le budget de 21,1 milliards de dollars est en baisse de 7,3%. Il gèle toute aide financière de l’état aux étudiants pour le financement de leurs études. Les bénéficiaires actuels de bourses continueront à percevoir leurs financements mais aucune bourse ne sera mise en place pour les nouveaux candidats à l’université à partir de cette année. Il limite aussi la prise en charge de leur assurance maladie. 80.000 étudiants devraient être touchés par ces mesures. Le budget coupe aussi plus de 400 millions de dollars dans les "formula founding". Ces fonds, calculés par une formule complexe prenant en compte le nombre d’heures enseignées, ne sont pas fléchés lors de leur attribution aux universités. Ils servent notamment à financer le salaire des enseignants, les services étudiants et les frais liés à la gestion des universités, personnels de soutien inclus. Leur forte diminution risque par exemple d’entraîner la fermeture de filières d’enseignement au sein des institutions publiques.
Les étudiants en première ligne pour défendre leur budget Les étudiants texans des université publiques, principalement ceux l’Université du Texas (UT) et ceux de "Texas A&M University" (TAMU), n’ont pas attendu le vote du 4 avril pour réagir.
Sur le contrôle par la gestion dans les universités britanniques et américaines, Evaluation de la recherche en SHS, 28 décembre 2010.
La New York Review of Books propose un excellent article de Simon Head, The Grim Threat to British Universities (La sinistre menace à l’encontre des universités britanniques), qui est déjà accessible en ligne.
Le texte fournit un vigoureux rappel historique de l’importation des méthodes de contrôle de gestion, par Margaret Thatcher, visant à mettre au pas les universitaires. A l’approche du prochain « Exercice d’évaluation de la recherche », Head souligne la prise de contrôle des « managers » dans la conduite de la recherche et les effets de la gestion par indicateurs de performance sur la production scientifique (réduction du l’innovation et de la prise de risque, déclin des livres ambitieux au profit de monographies bien calibrées). Côté américain, la présentation de deux ouvrages récents [Jack Schuster and Martin Finkelstein, The American Faculty : The Restructuring of Academic Work and Careers ; Sheila Slaughter and Gary Rhoades, Academic Capitalism and the New Economy, tous les deux à Johns Hopkins University Press] montre que les mêmes tendances s’exercent principalement sur le terrain de l’enseignement. La mise en place d’un contrôle de gestion des bénéfices/coûts des universitaires en fonction des crédits d’enseignements dispensés (et donc des revenus afférents pour l’université) conduit à multiplier le recours à des enseignants précaires, au détriment du modèle classique de la « tenure ». La conclusion n’est guère optimiste : « With the recession eating away at the budgets of universities on both sides of the Atlantic, the times are not propitious for those hoping to liberate scholarship and teaching from harmful managerial schemes. Such liberation would also require a stronger and better-organized resistance on the part of the academy itself than we have seen so far. »
L’Université et la revanche des "élites" aux États-Unis. Christopher Newfield. In "Feu sur l'université !", La Revue Internationale des Livres et des Idées n° 11 mai-juin 2009. [A noter que toutes les contributions de ce numéro 11 de la RiLi portant sur l'université sont à présent en ligne, dont "Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes" par Yves Citton.]
À l’heure où l’on chante les vertus de « l’économie de la connaissance », les États-Unis viennent de produire la première génération à être moins bien éduquée que la précédente. Christopher Newfield analyse ici en historien les causes et les enjeux de ce phénomène et nous propose ainsi une petite histoire de la revanche des « élites » sur les processus de démocratisation amorcés dans le passé.
Le retour Hoover Depuis des années, le capital financier et l’économie prise dans son ensemble sont considérés aux États-Unis comme les objets d’un savoir détenu par ceux qui ont accompli le parcours des études supérieures. Le capital financier a accueilli en son sein des décamillionnaires et des multimilliardaires désireux de rendre la pareille à l’Université, et donc à l’économie de la connaissance qui les a forgés : les empereurs du logiciel, les souveraines d’eBay, les rois de la pharmaceutique, les pharaons des fonds spéculatifs – tous si transcendentalement riches. Il a été exigé de l’Université qu’elle trouve sa place au sein d’une forme de capitalisme qui avait temporairement fusionné deux versions d’elle-même. La première version correspond à l’industrialisme du XIXe siècle, aujourd’hui avec l’exploitation de milliards de Chinois, la plus parfaite armée de réserve de chômeurs de l’histoire. Ces « usines noires et sataniques » (« dark satanic mills ») ont permis un taux de croissance élevé du niveau de revenu national de l’ordre de 5 cents pour chaque dollar touché aux États-Unis ou dans l’Union européenne. La seconde version du capitalisme, contemporaine, est l’« économie de la connaissance » du XXe siècle, baptisée ainsi à l’occasion du boom des recherches gouvernementales militaires dans les années 1950. L’archétype est ici le laboratoire bouillonnant de talents, capable de produire un taux de croissance élevé du niveau de revenu national, bien supérieur au taux de croissance cumulé de 2,5 % par an auquel nous avaient habitué les systèmes capitalistes depuis 1750.
Pour des universités plus justes. Article de Martial Foucault, Eleonore Lépinard & Vincent Lepinay, Grégoire Mallard, publié sur le site La Vie des Idées, 17 février 2009.
Quatre enseignants-chercheurs français travaillant en Amérique proposent leur regard sur le « modèle libéral » à la française : celui-ci prétend s’inspirer des États-Unis, mais ne fait qu’accentuer des travers typiquement français ; il prétend faire confiance au marché alors qu’il ne fait que renforcer la hiérarchie. La réforme actuelle entérine en réalité la paupérisation générale des formes de solidarité qui affectent nos sociétés. [Ce texte reprend une version plus courte déjà publiée par les mêmes auteurs sous le titre « Une évaluation transparente et collégiale », dans Le Monde, 6 Février 2009. Adresser toute correspondance à Grégoire Mallard.]
Nous, professeurs formés en France, vivons par choix, en Amérique du nord, dans ce monde universitaire qui sert, dans le discours des décideurs, de modèle à la réforme. Nos universités sont « autonomes ». Nous sommes évalués par des comités strictement internes à notre université, où siègent nos pairs et qui décident de notre titularisation (tenure) après une période de 6 à 9 ans, la promotion la plus importante pour notre carrière. Pour prendre cette décision, nos pairs évaluent la qualité de notre recherche en fonction de critères qualitatifs, notamment en lisant nos travaux et en collectant les jugements écrits envoyés par des universitaires du même champ de recherche que nous mais travaillant dans d’autres institutions. Nous sommes donc évalués à la fois par nos collègues les plus proches, mais aussi par ceux qui sont les spécialistes de notre domaine de recherche.