Poolp a lu ce qui suit sur le site du collectif d'UNIvers.cité, et remarque qu'il existe des similitudes entre la situation de Lille 3 et celle de l'UTM. Il y a toutefois un point sur lequel les membres d'UNIvers.cité sont dans l'erreur: c'est lorsqu'ils écrivent que "partout en France, on a le courage d’affirmer son opposition à cette réforme délétère, sauf ici à Lille 3." Car à Toulouse 2 aussi on prépare des maquettes...

Lors du Conseil d’Administration plénier du vendredi 29 janvier, le texte suivant a été soumis par le Collectif Univers.Cité à la discussion et à l’approbation des administrateurs :

Proposition de motion au Conseil d’Administration de l’Université de Lille 3 du 29 janvier 2010.

Réuni en séance plénière le 29 janvier 2010, le Conseil d’Administration de l’Université de Lille 3,
ayant pris connaissance du projet de « Circulaire pour la mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement, rentrée universitaire 2010 »,
juge totalement inapplicable sous sa forme actuelle la réforme de la formation des enseignants imposée sans concertation par le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère de l’Enseignement Supérieur, au mépris total des propositions d’amendement exprimées depuis plus d’un an par toutes les instances représentatives du monde éducatif et de la recherche.
En accord avec sa précédente motion du 21 novembre 2008 relative à la « mastérisation » de la formation des maîtres, il ne présentera donc aucune offre de formation de master conforme au cadrage actuel.

Résultats du vote :
16 contre, 3 abstentions, 6 pour.
La présidence de l’Université a expliqué que l’offre de formation en master fait actuellement l’objet de négociations serrées avec les établissements de la région, dans un contexte difficile et concurrentiel. Voter une motion de non-application mettrait, selon elle, en danger les négociations en cours, et placerait Lille 3 hors-jeu.

Les arguments avancés par la liste Univers.Cité : le caractère antisocial de la réforme de la mastérisation, contraignant les étudiants à financer une année supplémentaire d’études ; une formation disciplinaire au rabais, une formation pédagogique dégradée ; une année de Master 2 ingérable en raison des multiples obligations imposées à l’étudiant de concours ; un concours dont les épreuves scientifiques viennent d’être réduites dans de nombreuses spécialités au profit d’une épreuve idéologique destinée à mesurer la qualité « éthique » des futurs fonctionnaires ; la réduction considérable du nombre de postes mis au concours de l’enseignement public, tandis qu’augmentent fortement les postes destinés à l’enseignement privé ; l’obligation, dans plusieurs académies dont la nôtre, faite aux futurs stagiaires d’assurer dès 2010 un service plein en responsabilité sans aucune formation pédagogique préalable ; le recours massif aux étudiants contractuels comme bouche-trous de l’enseignement secondaire (voyez la propagande récente du Rectorat de Lille à l’adresse de nos étudiants, sur le vieil air d’Engagez-vous, vous verrez du pays)…
Aucun de ces faits, signes pourtant indubitables d’une politique délibérée de destruction du service public d’enseignement, n’a donc convaincu les administrateurs, pas plus d’ailleurs que le fait que plus de vingt conseils centraux d’autres universités françaises exigent le retrait de la réforme, que le CNESER ait émis sur elle un négatif, que la CPU elle-même vienne de prendre contre elle une position de condamnation totale.
Qu’on se le dise donc : partout en France, on a le courage d’affirmer son opposition à cette réforme délétère, sauf ici à Lille 3. On préfère cuisiner localement, en collaboration avec les universités de la région, une formation dans le cadre proposé, plutôt que d’avoir le courage de reconnaître que ce cadre est inacceptable, qu’il condamne les futurs enseignants à un exercice douloureux de notre métier, une masse d’étudiants à la précarité de contrats éphémères, et les élèves de notre pays à recevoir un enseignement médiocre.
Il n’est pas inutile de souligner enfin, hors de toute polémique, qu’hormis trois abstentions qui ont surtout valeur individuelle, les listes syndicales enseignantes associées à EPL3, parmi lesquelles le Snesup, syndicat majoritaire du supérieur, soutiennent la stratégie locale de négociation, au mépris de leurs propres convictions et au mépris des mots d’ordre de leurs instances nationales (cf Lettre Flash n°38 du Snesup).
Ce réalisme collaborationniste donne raison au gouvernement : les universitaires sont des veaux, des moutons dociles qui vont le cœur léger à l’abattoir, capables de sacrifier les valeurs qu’ils affichent à leur intérêt matériel du moment.
Nous aurons donc sans doute dans le Nord-Pas-de-Calais des maquettes de master (nécessairement conformes au cadrage national, sans quoi elles ne seraient pas validées par la tutelle), des maquettes inacceptables au plan du contenu, et mises au service d’une politique de destruction de la transmission des savoirs et des pratiques pédagogiques.
Sauf si d’ici à quelque temps le vent tournait, et faisait prendre conscience à tous ceux qui s’impliquent activement dans la mise en place de cette ignominie de la lourde responsabilité historique de leur choix. Il faudrait alors en tirer les leçons politiques et syndicales.