Université de Pau : 2 étudiantes raflées sur le chemin de la fac
Par Poolp3 le mercredi 27 janvier 2010, 12:05 - Là-bas (ça se passe dans les universités françaises) - Lien permanent
(Article de Sud-Ouest, mardi 26 janvier 2010) SANS PAPIERS. Deux étudiantes comoriennes ont été interpellées sur le chemin de la faculté, hier
Deux étudiantes arrêtées à Pau
La communauté universitaire est sous le choc. Deux
étudiantes comoriennes du département de géographie ont été arrêtées
hier matin, vers 9 heures, alors qu'elles se rendaient de leur chambre
universitaire à la faculté de lettres. Le coup de filet de la police de
l'air et des frontières s'est déroulé dans le parc du quartier
Saragosse.
Sitty et Liouize ont ensuite été placées en garde à
vue dans les locaux de la PAF, à Billère, où leur avocate, Me
Massou-dit-Labaquère, a pu les rencontrer. Dans l'après-midi, elles ont
été transférées à Paris, sur l'île de la Cité, où se trouve un centre
de rétention administrative.
« Pas arrêtées par hasard »
La nouvelle s'est répandue comme une traînée de
poudre. Les étudiants du réseau Université sans frontières ont informé
leurs collègues de l'université, salle de cours après salle de cours.
Le réseau Éducation sans frontières, les associations de défense des
droits de l'homme ont été très rapidement informés. À 18 heures, un
rassemblement s'est improvisé devant la préfecture des
Pyrénées-Atlantiques, regroupant des étudiants, des enseignants, des
élus, des syndicalistes et de simples militants.
Premier visé, le préfet des Pyrénées-Atlantiques,
Philippe Rey. « Libérez les étudiantes ! Des papiers pour tous ! » ont
scandé les manifestants.
Pour Me Massou-dit-Labaquère, cette arrestation est
la volonté d'un seul homme. « Les étudiantes n'ont pas été interpellées
lors d'un contrôle, elles n'ont pas été arrêtées par hasard. C'est un
ordre direct du préfet ! Le jugement du tribunal administratif qui a
confirmé l'obligation de quitter le territoire date de juillet.
Pourquoi maintenant ! Parce que cela fait monter les chiffres »
s'emporte l'avocate, qui a saisi la Cour européenne des droits de
l'homme immédiatement.
Du côté de la préfecture, c'est le silence le plus
total. L'administration s'est peut-être agacée d'une situation
inachevée. Sitty et Liouize ont été admises en 2009 en 2e année de
licence de géographie à l'université de Pau alors qu'elles étaient sous
le coup d'une obligation de quitter le territoire français. Elles ont
obtenu des bourses et une chambre en cité U parce qu'elles y avaient
droit au vu de leurs ressources. Une lettre de la préfecture avait
pourtant été envoyée au président de l'université, Jean-Louis Gout.
L'année dernière, la communauté universitaire
s'était déjà émue de la situation de ces deux jeunes filles, « assidues
et sérieuses », dont « la seule faute est d'être nées aux Comores ».
Elles n'y ont passé que quelques mois, envoyées ensuite à Mayotte,
territoire et bientôt département français. « Elles ont fait toute leur
école à Mayotte ; elles ont passé leur bac à Mayotte, qui dépend de
l'académie de La Réunion ; elles ont des pères français », a imploré
leur troisième « soeur », en situation régulière, venue témoigner hier
soir à Pau.
« C'est révoltant » a déclaré la maire de Pau,
Martine Lignières-Cassou, hier, lors d'un repas avec la presse. « Une
provocation insupportable » pour Jean Ortiz, du syndicat enseignant
Snesup. « La préfecture touche les bas-fonds dans une escalade indigne
d'un état de droit », a affirmé Olivier Dartigolles, secrétaire
départemental du Parti communiste français.
Un rassemblement est organisé ce soir, à 18 heures, à la faculté des lettres de l'université, amphi 3.
Si on est parisien, ce mercredi 27 janvier à 13h30, on peut soutenir ces 2 étudiantes à l'audience au TGI de Paris (M° Cité), devant le Juge des Libertés et de la Détention (voir ici).
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