"Mastérisation" de la formation des enseignants : eh oui, c'est encore pire...
Par Poolp3 le jeudi 21 janvier 2010, 18:00 - Près de chez nous (ça se passe dans les écoles, collèges et lycées) - Lien permanent
"Difficile de trouver une réforme qui fasse autant l'unanimité contre elle", peut-on lire dans la presse. C'est peu dire. Et au fur et à mesure que ses conditions d'application se précisent, on mesure à quel point les scénarios les plus paranoïaques risquent de se confirmer. Pour l'impact sur les classes, voir par exemple ci-dessous.
21 janvier 2010 - A peine profs et déjà à plein temps
A peine reçus au Capes et déjà nommés dans des classes, sans préparation spécifique: les pires craintes des opposants à la "masterisation" se confirment. Avec la réforme de la formation des enseignants, les profs qui viennent de décrocher leurs concours seront aussitôt nommés sur des postes à plein temps. Ils n'auront droit qu'ensuite à un peu de pédagogie. La formation professionnelle est ainsi réduite à la portion congrue.
Sous le titre "Formation des maîtres: une décision hallucinante !", le Snes de Montpellier explique sur son site
le dispositif mis en place à la prochaine rentrée par le Rectorat pour
les profs débutants - des "fonctionnaires stagiaires" la première année
d'exercice. Le dispositif a été baptisé "stages massés" - la plupart des Rectorats adopteraient le même genre. C'est une sorte d'usine à gaz.
Concrètement,
dans l'Académie de Montpellier, le prof stagiaire sera affecté sur un
poste de 18 heures (la norme pour les certifiés). Jusqu'à la Toussaint,
il sera "en responsabilité" devant la classe en présence d'un
enseignant tuteur. Ce tuteur devra, lui, être remplacé par un TZR
(titulaire sur zone de remplacement). Mais vue la tension qui existe
sur les remplacements, il est fort possible que l'on doive recourir à
un contractuel.
Puis, exit le tuteur. De la
rentrée de la Toussaint à février, le prof stagiaire se jette à l'eau,
seul face à ses élèves. Comme les débutants sont nommés en priorité
dans des établissements difficiles, on imagine que ce ne sera pas
simple.
Ce n'est qu'en février que le stagiaire aura droit à une
formation pédagogique de 5 à 6 semaines, au sein d'un IUFM (Institut
Universitaire de Formation des Maîtres) ou d'un autre "opérateur". Mais
alors, c'est lui qui devra être remplacé. On fera alors appel à des étudiants de master 2
qui auront réussi la première partie de leur concours (organisée en
début de M2, la seconde partie étant prévue à la fin) et qui seront
volontaires pour un stage.
Puis le stagiaire retrouvera ses
élèves, seul jusqu'à la fin de l'année. A Montpellier, le Rectorat
demandera en plus aux chefs d'établissement de laisser aux débutants
une journée sans cours dans la semaine, afin qu'ils puissent bénéficier
de formations.
"A raison de 4 ou 5 classes de 30 élèves chacune, a calculé le Snes
Montpellier, au moins 30 000 élèves changeront plusieurs fois de
professeurs avec pour l'essentiel un stagiaire et ... un étudiant. Les
tuteurs prendront leur classe à la Toussaint. Les mutations seront
amputées de 250 postes !".
Auparavant
dans le secondaire, les stagiaires avaient un service de 8 heures
devant des classes. Malgré l'hostilité des syndicats, dans la réforme,
le ministère a fait passer ce chiffre à 12 heures, le tiers temps
restant devant être consacré à la formation professionnelle. Mais de là
à imaginer ces "stages massés"...
Lire la fin du billet sur le blog C'est classe !