Flashballs à Montreuil : lettre ouverte de Stéphane Gatti
Par Poolp3 le samedi 11 juillet 2009, 21:47 - Répression(s) - Lien permanent
Lu sur Bellaciao, le témoignage du père du jeune homme grièvement blessé par un tir de flashball à la tête, à Montreuil, le 8 juillet, suite à l'évacuation d'un squat qui avait eu lieu quelques heures plus tôt :
A Montreuil, la police vise les manifestants à la tête.
Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé
une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence
aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un "centro
sociale" à la française : logements, projections de films, journal,
défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre
ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation
s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés
ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le
matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.
Ceux qui s’étaient attachés à cette expérience et les
résidents ont décidé pour protester contre l’expulsion d’organiser une
gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.
Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille)
roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés
dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils
avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du
front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se
superposaient à cette fête parce que parfois les images font école.
J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.
A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans
les locaux de la Parole errante à la Maison de l’arbre rue François
Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille
des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit
sécuritaire, L’appel des Appels, des lectures, des présentations de
livres… Ce jour-là, on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand
Gatti « L’homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et
compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’un militant
chinois s’y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du
lieutenant, du général, des camarades…
C’était une lecture de trois heures. Nous étions
entourés par les journaux de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés
dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher... ils sont repartis.
On m’a appelé. Joachim est à l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était
effectivement là. Il n’avait pas perdu conscience. Son visage était
couvert de sang qui s’écoulait lentement comme s’il était devenu
poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit qu’il y avait peu de
chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce
que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le
globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...
Entre ces deux moments ; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il
y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes
rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur
voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous
nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché
couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous,
ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.
A ce moment-là je marchais et j’ai
regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au
niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au
sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce
que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant
l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été
appelés.
Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été
touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne
peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient
une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en
témoigne le communiqué de l’AFP :
Un jeune homme d’une vingtaine
d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squat évacué
mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un
affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes
vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe
d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin
des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les
lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces
de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les
policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la
préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois personnes avaient été
arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil puis transporté
dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait toutefois pas
donné de précision sur l’état de gravité de la blessure."Nous avons
bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le
moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte
de l’œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la préfecture à
l’AFP.
D’abord, la police tire sur l’image d’un jeune de 20
ans qui essaye de reprendre son squat. Et pour la police et les médias,
cela vaut pour absolution, et c’est le premier scandale.
Quant à Joachim, faut-il rétablir la vérité sur
l’identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la
manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier
ses actes, comme s’il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait
tirer légitimement ?
Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique.
Il est cameraman.
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu’il a réalisé
s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans un séminaire au Burundi sur
la question du génocide. Aujourd’hui, il participe à la réalisation d’un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.
On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP
en leur réclamant de le publier. Il serait écrit simplement — mais au
moins ceci — :
Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans
a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait
pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la
brutalité policière.
Stéphane Gatti *
http://la-parole-errante.org/index.php?cat=LPE-PRESENTATIONhttp://www.armand-gatti.org/index.php?art=291
De : Orphée (pour La Parole Errante) samedi 11 juillet 2009
* S.G. est notamment le curateur et animateur, et
scénographe avec Pierre-Vincent Cresceri, de l’exposition générale et
des événements pour mémoire de 1968-69 @ la maison de l’arbre à
Montreuil : " Comme un papier tue-mouches dans une maison de vacances
fermée… " citée dans le texte pour se conclure le même jour que la
charge de police, le 8 juillet.
- Lire aussi Soutien à Joachim Gatti, de la revue Vacarme, Le Flic A Tiré, Le Mec Est Tombé : Franchement, Où Est Le Rapport ?, par Sébastien Fontenelle (sur son blog Politis), et A Montreuil, la tension monte avec la police, par Zineb Dryef sur Rue89 (12/07/09).
- Revue de presse (comportant de nombreux liens, notamment quant aux précédents de Nantes, Toulouse et Villiers-le-Bel) sur la suite (manifestation du lundi 13 juillet à Montreuil, avec photos et vidéos) ici.
- Voir également "que le mensonge nous insulte plus encore que la violence", sur le tiers livre, le blog de François Bon : revue raisonnée du web, et compléments sur le travail de Joachim Gatti au sein du collectif Précipité, ainsi que (MAJ du 29/07/09) sur son film Magume, réalisé au Burundi, dans une tribune de Zacharie Bukuru et Jean-Pierre Chrétien.
Commentaires
Mais que fait la police ?
Et oui, ma bonne dame, mon bon monsieur, que fait la police ?
Nous sommes bien à Montreuil, vous et moi : Montreuil, Seine-Saint-Denis. Qu’on y habite ou qu’on y passe, on a des yeux pour voir que ça ressemble peu à l’image qu’en donnent les journaux et les politiques. Aucune ville ne saurait ressembler à ces images abruties(-santes), alors j’ai décidé de commencer à décrire ce que c’est, aberrations optiques comprises.
Montreuil, c’est grand, ça fourmille de monde, c’est très complexe et c’est étonnamment tranquille. Sinon, ça ressemble beaucoup aux autres villes où j’ai vécu : l’Etat est partout et son administration nous octroie (ou pas) le droit d’être là, au prix de tous ces comptes à rendre sans cesse en montagnes de paperasse et de justifications d’existence. Il fait régner sa loi, sous l’infinie variété de ses uniformes, pour assurer le maintien d’un ordre réglé par le profit.
la suite :
http://www.cip-idf.org/article.php3...
que dire, on ne peut que constater.... nous sommes avec vous