APPEL À LA RÉSISTANCE !

Caroline ZEKRI (Université Paris 12). Article publié sur le site de la Coordination de l'Université du Littoral-Côte d'Opale.

Chères et chers collègues, chères étudiantes, chers étudiants,

Je partage l’optimisme de Barbara Schapira et de Christophe Mileschi, et la combativité de Pedro Cordoba et de Laurence Proteau. Nous ne pouvons pas céder. La seule arme qu’il nous reste (pour le moment) est la non tenue des examens. Si le gouvernement et les présidents d’université peuvent encore craindre quelque chose, c’est bien cela. Depuis le début du mouvement, ils jouent sur la culpabilité et les sursauts de conscience professionnelle, comme si notre conscience professionnelle ne consistait pas, précisément et avant tout, à lutter jusqu’au bout. Je plaiderai dans ma fac (Paris 12) dès lundi, pour la non tenue des examens (qui chez nous commencent dès cette rentrée), que ce soit par la voie du blocage ou par tout autre moyen jugé utile et efficace. Bien sûr, la question qui se pose immédiatement après est celle de la validation du semestre : plusieurs solutions ont déjà été avancées voire adoptées, comme le report du calendrier et des examens ou la validation automatique du semestre (et l’analyse de Laurence Proteau sur ce point me semble tout à fait pertinente). La question, cela dit, n’est plus là. Laissons le gouvernement assumer seul la responsabilité de la non tenue des examens. Jamais un mouvement de grève n’a sacrifié les étudiants, sinon, ils seraient les premiers à ne pas s’engager dans la lutte. Or, ils sont à nos côtés depuis le début. Sans eux, jamais ce mouvement n’aurait pu prendre une telle ampleur. Votre administration vous demande déjà vos disponibilités pour tenir les examens au mois de juin, juillet ? Refusez. Le droit de grève nous couvre jusqu’à la non tenue des examens, ne l’oublions pas. En revanche, et c’est un argument auquel peuvent être sensibles bon nombre de collègues, si les examens ont lieu, la rétention des notes et la non tenue des jurys peut faire l’objet de mesures de rétorsion. Le droit de grève nous couvre jusqu’à la non tenue des examens : profitons-en !

J’invite tous les personnels et les étudiants des autres universités qui refusent la voie de la résignation à réfléchir sérieusement à cette option, à se retrousser les manches pour recommencer à convaincre celles et ceux d’entre nous qui ne le sont pas encore, qui hésitent, qui peuvent encore entendre certains arguments, et qui parfois n’attendent que de se sentir portés par un mouvement solidaire pour basculer dans la voie de la résistance. Le gouvernement doit savoir que ses réformes ne pourront pas s’appliquer sans l’accord de la communauté universitaire : les actes de désobéissance civile doivent se multiplier, les nouvelles règles doivent être contournées, détournées, refusées, les rapports de force qui vont s’instaurer au sein des universités doivent empêcher la machine de fonctionner. Chacun à son niveau doit faire obstacle à cette loi, de façon individuelle et collective : les partisans de la LRU sont minoritaires au sein de la communauté universitaire, ils ne vaincront pas. Les enseignants-chercheurs restent un des seuls corps de métier qui peut encore se mettre en grève et se battre sans craindre pour eux-mêmes. Si nous cédons aujourd’hui, c’est la mort de tout mouvement social en France pendant, au moins, les 50 prochaines années. La lutte est pour nous un devoir social. Notre responsabilité est immense. Nous ne pouvons pas laisser un gouvernement agir comme il le fait. Ceux d’entre nous qui sont titulaires ne craignent rien, d’autres sont dans une position moins confortable (doctorants, AMN, ATER, personnels non-titulaires…) et n’ont pas hésité à aller au front. Par solidarité avec tous les travailleurs qui luttent dans des conditions bien plus difficiles que les nôtres, nous devons continuer à nous battre.

Le gouvernement doit savoir qu’il a en face de lui une majorité d’universitaires prêts à bloquer la mise en application de la LRU, certains par les moyens qu’ils ont à disposition à leur niveau et à chaque échelon, d’autres par tous les moyens qu’ils jugeront utiles parce qu’ils sont animés par le sentiment de la justesse et de la légitimité de leur combat.

Le seul moyen aujourd’hui d’envoyer ce message fort est de ne pas tenir les examens : n’ayons pas peur d’être au début minoritaires sur cette question (et n’oublions pas que nous portons des revendications et des valeurs majoritaires), continuons à croire en notre capacité de persuasion. Aucun d’entre nous n’aurait pensé, le 2 février dernier, que le mouvement de grève prendrait une telle ampleur et durerait encore au 22 avril 2009. Osons penser qu’il peut durer encore, souvenons-nous que pour la première fois, les personnels et les étudiants luttent ensemble de façon massive. L’avenir de ce mouvement dépend de notre seule volonté, pas de celle du gouvernement. Nous sommes nombreux, nous pouvons beaucoup.

J’appelle tous les collègues et les étudiants prêts à entrer en résistance, et éventuellement à prêter main forte dans d’autres universités que la leur si besoin était (j’appelle donc aussi celles et ceux qui ont besoin de renforts pour convaincre et pour agir), à se signaler à cette adresse : universitesenresistance@gmail.com. Unissons nos forces. Partageons nos idées et nos armes.

Avec solidarité, espoir et obstination.