Alors que le mouvement contre la loi LRU prend de l'ampleur, s'ouvre la période de l'"orientation active" des lycéens de terminale, que les universités entreprennent de mettre en œuvre. C'est le cas à l'UTM (la direction y appelle les enseignants, via le SIOU, à organiser la procédure avant le 20 mars) comme, vraisemblablement, dans la plupart des universités.  Face à un tel paradoxe, les Poolps croient nécessaire de rappeler un certain nombre d'évidences (et suggèrent à leurs lecteurs de réviser leurs connaissances à partir de ce site en utilisant le tag plan licence.)

La loi LRU a ajouté aux missions de l'université celle de "l’orientation et l’insertion professionnelle". La "démarche d'orientation active" [OA] est donc l'une des multiples déclinaisons de cette loi.
Comme dispositif, elle s'insère dans le "plan de réussite en licence" [PRL] qui a été présenté par la ministre, le 13 décembre 2007 (soit durant le premier mouvement contre la loi LRU, à la suite de négociations avec des syndicats notamment étudiants, Cé et Unef), comme un "effort" en faveur des étudiants, de nature à leur faire accepter la loi LRU. Le PRL est donc lui aussi étroitement lié à la loi LRU.
Or le PRL comme l'OA sont inacceptables pour un certain nombre de raisons, dont les suivantes.

1.   Dans l'intention (a priori difficilement contestable, même s'il vaudrait la peine de la discuter) de mieux informer les lycéens sur leurs chances de réussite dans les études supérieures qu'ils projettent, l'OA ne sert strictement à rien: on ne voit pas comment des enseignants du supérieur qui ne connaissent pas du tout les élèves et en "examinent" à la hâte les dossiers standardisés, pourraient mieux les conseiller que les enseignants du secondaire... et les conseillers d'orientation - dont il s'agit peut-être d'entériner la disparition, en transposant leurs fonctions sur d'autres personnels dont on alourdit la charge de travail. Vraisemblablement aussi, malgré les allégations contraires, un objectif est-il de préparer chacun à ce que, dans quelques années, les "avis" émis par les universités deviennent impératifs. En outre, la toute récente "proposition de loi relative à la création du prêt étudiant" fait légitimement craindre que l'OA, et donc  ceux qui y participent, soient mis au service de l'activité des banques!

2.  Une composante majeure du PRL réside dans les changements des contenus d'enseignement qu'il va imposer: l'appauvrissement des contenus "disciplinaires" ou "scientifiques" au profit de "compétences" directement en lien avec une activité professionnelle (jusqu'à la prise en compte du "projet personnel" - soit évidemment: professionnel- dans les ECTS...). Il va falloir faire place, par exemple, aux "bases juridiques" en L1, à la "découverte du monde professionnel" en L2, "développer les contacts avec le monde socio-économique" en L3...
Or ceci relève de la même logique qui a conduit à imposer d'une part le LMD puis la loi LRU, dans la droite ligne du processus de Bologne, d'autre part l'AGCS (dans le cadre de l'OMC), la LOLF et la RGPP :  faire de l'enseignement et de la recherche (entre autres services jusqu'ici publics) des activités rentables (c'est-à-dire qui permettent à des entreprises privées de réaliser des profits), ce qui suppose à la fois d'en orienter la gestion selon des principes entrepreneuriaux, d'y développer des activités marchandes, de faire qu'ils "produisent" des diplômés directement employables. La finalité du PRL est ainsi d'augmenter - au coût le plus bas possible- le nombre de titulaires d'une licence, ce diplôme devant désormais correspondre à des compétences demandées et reconnues par les entreprises.

3.   Ces logiques et objectifs se retrouvent dans d'autres facettes des "réformes" de l'université et de la recherche, notamment celles qui "modulent" le service des enseignants-chercheurs et celles qui renforcent la concurrence entre universités, entre laboratoires, et désignent des "pôles d'excellence". Comme cela a souvent été souligné, il faut s'attendre à une séparation croissante entre licence d'une part, master et doctorat d'autre part: des enseignants de services et souvent de statuts (cf. les Prag par exemple) différents, des universités cantonnées à la délivrance de la licence, etc.

C'est pourquoi il nous semble tout autant nécessaire de:
- boycotter l'"orientation active";
- refuser le plan licence, au moins en ne préparant pas de nouvelles maquettes de licence;
- en finir avec les revendications catégorielles et parcellaires, telles celles sur le statut des enseignants-chercheurs, et exiger, au moins, l'abrogation de la loi LRU;
- considérer la "convergence des luttes" non comme un vœu pieux, mais comme une réalité objective.
Et, pour ceux qui craignent le désordre plus que tout, remarquons que:
- à l'automne 2007: de nombreux enseignants-chercheurs n'ont pas participé (voire ont manifesté une franche hostilité) au mouvement contre la loi LRU;
- mais aujourd'hui: déjà 7 semaines de grève contre le décret sur le statut des E-C, la "mastérisation" du recrutement des enseignants;
- et dans quelques semaines et dans quelques mois: contre les maquettes de licence, contre le contrat doctoral unique, contre la loi sur le prêt étudiant...: combien de semaines de grève en perspective? Car, si la loi LRU n'est pas abrogée, décrets et autres "réformes" se succèderont inévitablement, avec leurs effets désastreux; et chaque fois, un nouveau mouvement de protestation, tout aussi légitime que les précédents, viendra nécessairement perturber la "vie" des universités [(Re)lire, à ce sujet, au moins la fin du texte de F. Asso]
Toutes ces "réformes", en cours ou plus ou moins prévisibles, présentées comme des mesures "rationnelles" pour un domaine spécifique, sont au fond inséparables les unes des autres, articulées entre elles. Elles ne prennent sens que dans un tout doté de cohérence, qu'il faut comprendre et combattre comme tel.

Mise à jour du 18-3-09:
Et pendant ce temps-là à l'UTM... décidément, le zèle dans l'application des "réformes" ne se dément pas! Le 17 mars, lors d'une réunion organisée par le CEVU et la Commission des Formations, était présentée la future "offre de formation" (qu'en termes marchands ces choses-là sont dites!). Un document power-point édifiant est disponible ici en annexe.